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La véritable histoire de la négritude par Thierry Sinda

 

Dans un ouvrage à paraître intitulé la véritable histoire de la négritude, Thierry Sinda met en doute l’existence du journal l’Etudiant noir. Celui-ci qui aurait été fondé par  Senghor , Césaire et Damas était  présenté jusqu’ici comme le manifeste de la négritude. Nous publions un extrait exclusif de cet ouvrage qui devrait révolutionner l’histoire de la littérature africaine francophone. 
 

 

«MYTHE ET FONCTIONS DE L’ETUDIANT NOIR / LA FONCTION DE L’ETUDIANT NOIR A TRAVERS L’ŒUVRE UNIVERSITAIRE FONDATRICE DE LYLIAN KESTELOOT


Dans son entreprise fédératrice négritudienne, Senghor aura l’appui inespéré d’une jeune et charmante Belge doctorante en Lettres qui cherche à rencontrer à Paris bon nombre d’écrivains nègres pour ses travaux de recherches sur la nouvelle littérature noire d’expression française. Les connaisseurs en la matière auront tout de suite reconnu la trépidante Lylian Kesteloot. Les recherches universitaires pionnières de Lylian Kesteloot sur la nouvelle littérature noire d’expression française s’inscriront dans l’optique senghorienne des actes de naissance de négritudes régionales. Elle ouvre ainsi une méthodologie nouvelle dans l’étude universitaire des lettres françaises. Cette méthode consiste à considérer l’ensemble d’une littérature raciale d’une époque, au regard des lignes éditoriales des revues du monde noir de la même époque. Elle redonne aux revues, encore trop souvent délaissées par la critique littéraire, leur véritable vocation de laboratoire d’idées. L’architecture de sa thèse sur la nouvelle littérature nègre d’expression française s’organise autour de quatre revues : Légitime Défense , l’Etudiant Noir , Tropiques et Présence africaine . L’option retenue par Lylian Kesteloot nous semble judicieuse, car elle permet de rendre compte intelligemment d’une littérature au sein de laquelle s’entremêlent l’esthétique, l’éthique, voire le politique. Néanmoins, l’on pourra aisément considérer qu’elle pêche à la fois par omission et par défaut dans la mesure où, non seulement elle ne justifie nullement le choix des revues qu’elle a retenues , mais encore elle rend compte d’une revue qu’elle n’a pas consultée. De par ce fait, nous sommes amenés à considérer que son travail universitaire pionnier est extrêmement fragilisé, dans la mesure où il s’inscrit dans du pré-fabriqué scientifique, cimenté par des revues réelles ou hypothétiques qui créent davantage un enfermement qu’une ouverture. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1961, fut publiée en 1963 sous le titre : Les écrivains noirs de langue française, naissance d’une littérature. Dans son ouvrage, sur le plan du journal l’Etudiant Noir, Lylian Kseteloot précise d’emblée qu’aucun des rédacteurs dudit journal n’a été en mesure de lui fournir le moindre exemplaire. Elle écrit à ce sujet dans la note 2 de son ouvrage à la page 91 : « Aucun des écrivains que j’ai touchés n’a pu me fournir un exemplaire de ce journal ». Cela ne l’empêchera point de consacrer un chapitre de plus de cent pages intitulé « Naissance de la négritude : l’Etudiant Noir ». La bizarrerie dans l’ouvrage de Kesteloot continue jusqu’à la moelle de son ouvrage car, étrangement, elle ne cite pas l’Etudiant Noir dans sa bibliographie ; et pour cause elle      n’ est en possession d’ aucune information concernant : la date précise de la fondation du journal, sa périodicité, le titre de ses articles, le nombre de numéros parus et la date de fin de parution. L’extrait suivant en témoigne largement : « Un petit journal sans prétention, l’Etudiant Noir, vers 1934, propagea les problèmes qui les préoccupaient. Il allait leur permettre de constater que ces questions intéressaient la race noire toute entière, et son premier mérite fut de réunir les étudiants africains et antillais » . La définition de Lylian Kesteloot de l’esprit ayant prédestiné à l’acte fondateur du journal l’Etudiant Noir, s’appuie sur un texte inédit de Léon-Gontran DAMAS intitulé « Notre génération ». Vous conviendrez, sans doute avec moi, qu’il est fort regrettable que ce texte de Damas, écrit probablement dans les années 1960, pour rendre compte d’une importante tranche de l’histoire littéraire nègre, soit, jusqu’à ce jour, resté inédit dans sa version intégrale, qui doit être des plus riches d’enseignements. Concernant l’esprit dans lequel a été fondé l’Etudiant Noir, voici ce que Damas écrit dans son fameux texte : « […] l’Etudiant Noir, journal corporatif et de combat avec pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au Quartier Latin. On cessait d’être un étudiant essentiellement Martiniquais, Guadeloupéen, Guyanais, Africain, Malgache, pour n’être plus qu’un seul et même étudiant noir. Terminée la vie en vase clos » . En fait, l’analyse de ce journal par Lylian Kesteloot repose à la fois sur « Notre génération », l’article inédit de Damas, et sur une lettre de Février 1960 que Léopold Sédar Senghor lui a envoyée pour éclairer entre autres points obscurs de la négritude. Sur ce sujet, on notera le silence assourdissant d’Aimé Césaire dont le rôle, les propos, et même un extrait de son article dans l’Etudiant Noir , sont rapportés conjointement par messieurs Damas et Senghor.»