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Entrevue exclusive

            

Le sociologue et communicateur d’origine béninoise Jean-Baptiste Sourou qui enseigne les communications sociales à la prestigieuse université Grégorienne de Rome a publié récemment aux éditions Menaibuc un ouvrage. Son titre : rites antiques, célébrations modernes. Comment les Africains célèbrent leurs rites aujourd'hui. L’auteur est également journaliste àRadio Vatican, collaborateur au journal duSaint-Siège l’Osservatore Romano et correspondantde Radio France Internationale à Rome. Il a bien voulu éclairer les lecteurs de Francophonie Actualités sur ce livre. Lisez plutôt.

 

F.A- Vous venez d'écrire un ouvrage, il n'y a pas très longtemps. Son titre: Afrique: rites antiques, célébrations modernes. Comment les Africains célèbrent leurs rites aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire cet ouvrage?

 

JBS-C’est  le terrain. Conduisant des recherches en Afrique et surtout au Bénin, je me suis rendu compte que les célébrations rituelles : mariages et funérailles notamment sont devenus très spectaculaires avec l’introduction de la fanfare, l’usage des morgues ou funérariums, des processions ayant à leur tête les conducteurs des fameux taxi-motos appelés zémidjan qui font des acrobaties,  etc. C’est un spectacle très intéressant et fascinant auquel personne ne résiste, car chaque fois et selon les milieux on y introduit des éléments nouveaux.

 Les jeunes apprécient beaucoup cela tandis que les anciens sont perplexes. Certains milieux religieux s’y opposent carrément. Alors j’ai décidé d’y consacrer du temps et de chercher à comprendre les raisons et les dynamiques du phénomène que j’ai appelé en fin de parcours « hybridisation ». C’est un néologisme. 

 

F.A- Est-ce que vous pouvez nous parler de ces célébrations rituelles comme les mariages ou les funérailles?

 

JBS-Voyez-vous, si vous venez au Bénin, en particulier dans le sud du pays jusqu’au centre, les gens organisent les funérailles en faisant appel à la fanfare qui les accompagnent en procession de la morgue à la maison funèbre, puis de là à l’église et au cimetière. La fanfare joue des airs connus de l’assemblée pour solenniser les funérailles. Ce sont des mélodies religieuses, profanes, locales comme étrangères. Les conducteurs de taxi-motos font des acrobaties incroyables sur et avec leurs motos.

 Dans la maison funèbre vous avez celui que l’on appelle « opérateur ». C’est un monsieur à qui l’on fait appel dès le décès de quelqu’un et qui vient s’installer avec ses amplificateurs, ses stéréos, ses haut-parleurs et son micro. Il joue de la musique funèbre, donne des informations d’ordre général. Mais surtout il accompagne les personnes éplorées dans leur deuil, car il veille avec eux et par les morceaux qu’il joue, selon l’ambiance,  il réconforte, soutient le moral, fait réfléchir, fait  prier, maintient dans le recueillement les milliers de personnes accourues. Les personnes endeuillées peuvent elles-mêmes lui demander de leur jouer un chant particulier qui leur rappelle quelque aspect de leur parent ou ami défunt.  L’opérateur joue des morceaux latins, du grégorien, des chants religieux, des cantiques  en langues locales ; des fois, c’est le français.

Au cours des mariages, en particulier la dot, c’est surtout la procession imposante, les chants de toutes origines, les changements au niveau des éléments constitutifs de la dot, les mimes avec des symboles nouveaux tirés du milieu actuel qui attirent l’attention de l’assemblée. Les musiciens, les danseurs, les maîtres de cérémonie étalent de plus en plus un savoir faire qui maintient dans la joie et l’allégresse l’assemblée qui ne sent même pas la durée de la cérémonie. Ils ont la capacité de rendre actuel un rite qui remonte à des siècles.

 

F.A-  En quoi consiste le phénomène d'hybridisation ?

 

JBS-« Hybridisation » est très diffuse en Afrique de l’Ouest. Au Ghana, au Togo, au Nigeria et au Bénin où j’ai mené mes enquêtes Mais quelle n’a pas été ma surprise en me rendant en Afrique de l’Est, en Ouganda, en Tanzanie par exemple de voir que cette zone du continent aussi est bien touchée par le phénomène. C’est quelque chose de transnational.

L’hybridisation c’est ce mélange entre antique et nouveau. Les rites sont antiques, mais on les célèbre avec des symboles, des éléments du moment présent. Dans les rites nous retrouvons les fondements de notre identité et appartenance à une communauté.

Les langues diffèrent, les peuples aussi mais la soif de vivre au présent nos valeurs spirituelles, de conserver nos identités est très forte. Alors nous allons chercher ce qui peut nous aider à mieux nous approprier l’héritage cultuel de nos peuples. Nous allons le prendre de l’Occident, des peuples proches ou lointains avec lesquels nous entrons en contact, mais, et c’est ce qui est très intéressant notre noyau central demeure. Ce qui fait l’Ashanti peut utiliser la fanfare pour célébrer les funérailles, l’Ewe aussi peut le faire. Pour l’observateur étranger leurs cérémonies sont les mêmes, à cause des éléments externes qu’il a vus,  mais en fait ce n’est pas vrai, car les deux  peuples restent toujours fidèles à leurs racines cultuelles propres.

 Dans nos célébrations rituelles, tout n’est pas prévu pour répondre aux exigences du monde moderne, alors nous nous sentons libres d’introduire ces éléments qui nous permettent de vivre nunc et hic nos rites sans en dénaturer le contenu. Cela est important : l’ « hybridisation » ne dénature pas nos rites.

En étudiant le phénomène de près, je me suis rendu  compte que loin de déranger les structures cultuelles, ces apports répondent à des nécessités bien précises générées par la culture actuelle, les changements socio-économiques et politiques que connaissent nos pays.

C’est aussi une réponse que l’homme africain donne à sa quête d’identité dans le monde actuel.

Tout cela je le décrie avec des exemples simples et à travers un parcours suggestif dans mon livre.

 

 F.A- Entre votre avant dernier livre et cet ouvrage, cela a pris deux ans. Votre prochain livre, c'est pour quand et quel est le sujet?

 

JBS-Moins de cela. En septembre dernier, j’ai publié en Italien un ouvrage sur le deuxième Synode des évêques pour l’Afrique  qui s’est tenu au Vatican en octobre 2009 autour du thème : l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. C’est un évènement que j’ai suivi du dedans, en rencontrant plusieurs protagonistes, grâce à des interviews, des échanges, des confidences. J’ai alors décidé de publier cet ouvrage pour faire revivre l’atmosphère dans laquelle le Synode a été célébré, les points saillants des interventions et ce que l’on pouvait retenir de cette assemblée qui a mobilisé toute l’Eglise en Afrique. Je crois qu’il sortira en Français sous peu avant le voyage du Pape au Bénin, en novembre prochain. Benoit XVI s’y rendra en effet  pour célébrer la deuxième partie du Synode en remettant ses recommandations aux évêques du continent. C’est un peu ce que Jean-Paul a fait au Cameroun en 1995 à Yaoundé pour le premier Synode.

 

Mon prochain livre, juste en terme de langue ; l’édition italienne vient à peine de paraitre chez les Editions St Paul en Italie, est consacré au phénomène de l’immigration africaine en Europe et particulièrement en Italie. Il s’agit de  nos frères et sœurs que l’on appelle ici immigrés clandestins. J’ai suivi le phénomène pendant des années pour les médiaux internationaux pour lesquels je travaille, j’ai écrit, fait des reportages là-dessus  pour sensibiliser, mais au bout du compte, je constate une ignorance et une hypocrisie dans plusieurs sphères en Italie et en Europe, aussi bien chez les politiciens que les médias ; et ce qui m’agace le plus, le silence total de l’Afrique et de ces institutions. Alors, j’ai écrit par devoir de conscience cet ouvrage qui sortira bientôt en Français.et si vous le souhaiter on pourra en parler aussi.   

 

F.A- Vous avez séjourné récemment au bord du lac Victoria en Afrique de l'est, dans le cadre de vos activités professorales, pour donner des cours. Pouvez-vous nous parler un peu de votre séjour et de vos activités en quelques mots?   

 

JBS- Aider ceux qui ont moins de chance que moi dans leur formation a été toujours un de mes désirs d’étudiant.  Rien à voir avec l’optique sud-sud. Je n’aime pas ces slogans-là. Il faut aider. C’est tout. Fût-il de l’autre bout de la terre. C’est pourquoi, j’ai accepté la proposition qui m’a été faite de partir enseigner en Afrique et qui plus est dans une zone anglophone, donc loin de ma « francophonité ». Mon travail a concerné des étudiants Ougandais, Tanzaniens, Indiens, Kenyans et des Européens aussi.  Il s’agit  d’un partage très riche sur tous les plans.  Je les ai suivis dans le domaine des communications, de la recherche scientifique et de la planification. J’ai en profité pour découvrir aussi ces zones du continent et nouer des relations d’échanges scientifiques. Nous avons un continent très beau et riche. Mes activités actuelles en Europe sont aussi une suite du travail initié, puisque je garde des liens grâce à internet avec mes étudiants, corrige leurs devoirs, continue certaines recherches et publications, leur donne des conseils en attendant de les revoir d’ici à là pour poursuivre la route du partage avec eux.

                          Propos recueillis par Ferdinand Mayega